Djibouti-ville : de l’embellissement à la reconquête de l’espace public

Djibouti-ville : de l’embellissement à la reconquête de l’espace public
Ce qui devait accompagner les festivités du 49ᵉ anniversaire de l’Indépendance est devenu un chantier beaucoup plus vaste. Depuis plusieurs mois, la Mairie de la Ville de Djibouti et la Préfecture s’attaquent simultanément aux voiries dégradées, aux trottoirs, aux caniveaux, aux carcasses automobiles, aux occupations du domaine public et à l’organisation des espaces commerciaux. De Harbi à Boulaos, la capitale change progressivement de visage. À l’approche de la rentrée, les autorités annoncent leur volonté de maintenir le rythme.
À Djibouti-ville, il ne s’agit plus seulement de nettoyer quelques artères avant une grande célébration. Les interventions engagées ces derniers mois ont progressivement changé d’échelle. Elles touchent désormais à la voirie, à l’assainissement, à la circulation, à la sécurité, aux espaces commerciaux et, plus largement, à la manière dont la ville est occupée.
L’opération a commencé dans le cadre des préparatifs du 27 juin. Dans la nuit précédant les festivités, les équipes municipales et préfectorales étaient déjà à pied d’œuvre sur l’avenue de Venise et le boulevard de la République pour des opérations de badigeonnage et d’embellissement. Le maire Saïd Daoud avait suivi les travaux jusque tard dans la nuit.

Mais, une fois la fête passée, les engins ne sont pas restés à l’arrêt.
Les opérations se sont poursuivies sur les grands axes comme dans les ruelles. Trottoirs, bordures et chaussées ont été repris. Des nids-de-poule ont été traités, des voies dégagées, des caniveaux curés et des espaces encombrés libérés. Des travaux de réhabilitation et de bitumage ont également accompagné cette remise en état progressive des voiries.
Derrière ces interventions parfois très visibles, comme un nouveau revêtement ou un trottoir fraîchement aménagé, se joue une bataille plus discrète : celle de l’assainissement et de la salubrité. Les équipes recherchent les points de déversement d’eaux usées, nettoient les drains et interviennent là où les écoulements ou les dépôts perturbent la circulation et dégradent le cadre de vie.
L’autre volet spectaculaire de l’opération concerne les carcasses automobiles. Des véhicules hors d’usage et abandonnés ont été retirés du boulevard Hassan Gouled, de l’avenue Nasser, de la Cité Poudrière et des ruelles de plusieurs quartiers. À chaque évacuation, ce sont des portions du domaine public qui retrouvent leur vocation initiale.
Dans les secteurs de Boulaos, du Quartier 1 et de Bender Jadid, les équipes ont également procédé au dégagement d’emprises occupées par des installations ou des équipements qui entravaient la circulation. Certaines voies ont été rouvertes et les espaces réservés aux piétons progressivement rétablis.
Cette opération de reconquête de l’espace public s’appuie depuis le départ sur une mobilisation qui dépasse les seuls services municipaux. La Police nationale, la Gendarmerie nationale, les Gardes-côtes et les Forces armées djiboutiennes ont pris part aux premières opérations, aux côtés de la Préfecture, des sous-préfectures, des équipes techniques municipales et des structures comme l’ADR et l’OVD. Des entreprises prestataires, des associations et des commerçants ont également été associés à certaines interventions.
Cette présence coordonnée des institutions et des forces de sécurité a donné à l’opération une ampleur particulière. Elle a aussi permis de traiter simultanément plusieurs problèmes : libérer les voies, sécuriser les interventions, évacuer les épaves et rétablir progressivement l’ordre dans les espaces publics.
Au milieu de cette transformation, une place concentre à elle seule une grande partie des enjeux : Mahmoud Harbi.
À Harbi, le problème n’est pas seulement celui d’une rue dégradée ou d’un trottoir encombré. La place est un important centre commercial, où se rencontrent quotidiennement commerçants, grossistes, vendeurs ambulants, automobilistes et piétons. L’activité y est intense et les usages se chevauchent.
La rénovation a donc nécessité plus que des travaux de voirie. Les ruelles de Bender Jadid ont fait l’objet de contrôles et d’états des lieux. Des trottoirs et des bordures ont été réhabilités, tandis que les équipes municipales vérifient la qualité et la pérennité des aménagements.
Mais pour que la transformation soit durable, il fallait aussi s’attaquer aux habitudes.
C’est pourquoi la Mairie et la Préfecture ont choisi d’ouvrir un dialogue avec les commerçants de Pacotille et du Quartier 1, les représentants du syndicat des commerçants, les femmes grossistes « Sharsharis » et les vendeurs ambulants.
Le maire Saïd Daoud défend sur ce dossier une ligne qui se veut à la fois ferme et ouverte à la concertation. « Le domaine public n’est une extension d’aucun local privé. Il est le bien de tous », a-t-il rappelé, tout en appelant les commerçants à poursuivre leur collaboration avec les autorités.
Le préfet de Djibouti, Abdi Hassan Ahmed, a lui aussi placé la réorganisation de l’espace public sous le signe de l’équilibre. Lors des échanges avec les acteurs de Harbi, il a évoqué des solutions permettant notamment aux vendeurs ambulants de poursuivre leurs activités dans des espaces mieux adaptés, parmi lesquels le marché de Riyad et PK12.
L’objectif est de ne pas opposer activité économique et ordre urbain. Les commerçants doivent pouvoir travailler, mais les trottoirs doivent rester accessibles, les voies ouvertes et les installations conformes aux exigences de sécurité.
La question des installations électriques a d’ailleurs été soulevée lors des inspections. Fils pendants, branchements présentant des risques et installations précaires font désormais partie des points de vigilance autour de la place.
Sur le terrain, les habitants regardent ces changements avec des attentes parfois très concrètes.
Ali, tenancier d’une boutique à proximité de Harbi, résume l’une d’elles : « Depuis des mois, on se plaint des nids-de-poule et des eaux stagnantes. Si ça continue, on pourra enfin respirer. »
Chez les commerçants, le souhait est surtout de voir la réorganisation s’accompagner de règles compréhensibles et durables. Un commerçant de la place estime ainsi : « Nous voulons une place propre, accessible et mieux organisée. Mais il faut aussi que les nouvelles règles soient claires et qu’elles s’appliquent de la même manière à tout le monde. »
Cette question de la durée est précisément devenue le cœur du projet.
Car réhabiliter une chaussée n’est qu’une première étape. Évacuer une carcasse ne suffit pas si une autre vient occuper la même place quelques semaines plus tard. Cur­er un caniveau n’a de sens que si celui-ci reste libre. Rénover un trottoir perd son utilité si des étals ou des véhicules le condamnent à nouveau.
Le maire Saïd Daoud l’a résumé d’une formule : « Si la place change, les habitudes doivent changer également. »
Cette philosophie explique la poursuite des contrôles et du repérage dans les différents quartiers de la capitale. Les agents municipaux et préfectoraux identifient les voies obstruées, les installations qui empiètent sur le domaine public, les objets abandonnés, les dépôts, les points de rejet d’eaux usées, mais aussi les espaces verts dégradés et les aires de loisirs qui nécessitent une intervention.
La prochaine phase doit ainsi dépasser les seuls secteurs déjà traités. Il s’agit d’étendre progressivement les opérations, quartier après quartier, en fonction des besoins identifiés.
La rentrée donne à cette nouvelle étape une importance particulière. Après la reprise des activités scolaires, commerciales, administratives et économiques, la circulation va naturellement augmenter. Les rues devront être praticables, les trottoirs accessibles et les abords des établissements et des commerces suffisamment dégagés.
« La rentrée se prépare sur le terrain. Une ville propre, accessible et mieux organisée est l’affaire de tous », rappelle Saïd Daoud.
Le message est simple, mais l’enjeu est considérable. La transformation d’une ville ne repose pas uniquement sur les engins, les équipes techniques ou les opérations de dégagement. Elle dépend aussi de la capacité des habitants, des commerçants et des usagers à préserver ce qui a été réalisé.
Depuis le lancement de l’opération, le paysage urbain a déjà évolué par endroits : des voies ont été rouvertes, des trottoirs repris, des chaussées réparées, des caniveaux nettoyés, des épaves évacuées et des espaces publics récupérés.
Mais le véritable bilan ne se fera pas au lendemain d’un chantier. Il se mesurera dans quelques mois, lorsque les mêmes rues auront ou non conservé leur nouvel aspect.
C’est là que se situe désormais le véritable défi pour la Mairie et la Préfecture : passer d’une succession d’opérations à une nouvelle discipline urbaine.
Lancée dans l’urgence des préparatifs du 27 juin, la mobilisation aura finalement ouvert un chantier beaucoup plus large. Elle touche aux infrastructures, mais aussi à la circulation, à l’activité économique, à la sécurité, à la salubrité et au rapport des citoyens à l’espace commun.
La place Mahmoud Harbi en est aujourd’hui le laboratoire le plus visible. Mais l’ambition affichée dépasse largement ses limites : faire progressivement de Djibouti-ville une capitale où les voies sont dégagées, les trottoirs accessibles, les espaces publics respectés et les infrastructures entretenues.
Pour Saïd Daoud, le travail doit continuer jusqu’à atteindre l’objectif d’une ville « remise à neuf » et agréable à vivre pour ses citadins.
À l’approche de la rentrée, les engins et les équipes sont donc appelés à poursuivre leur mouvement. La fête nationale est passée. Le chantier, lui, continue.
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